Créneau horaire: coup de gueule

Publié le 14 Octobre 2013

Nouvelle rentrée scolaire 2013 et bataille des inscriptions pour les divers associations françaises d’arts martiaux. Les places dans les salles communales pour les enseignants  «d’arts martiaux» sont de plus en plus rares. Les centres sportifs sont réservés à l’accueil de l’éducation nationale, des clubs de sports olympiques et de compétitions. Je comprends bien qu’une commune privilégie les activités périscolaires et sportives au détriment de petites associations apportant une pratique un peu exotique aux citoyens, mais de restriction en blocage ces associations se dirigent vers une marginalité organisée. Pas le choix si on souhaite continuer son activité malgré les barrages ! Mais où se trouve le pire ? Peut être dans mon témoignage.

 

Cela fait maintenant un bout de chemin depuis mes premiers cours de Karaté en 1992. En 2001 j’assistais mon prof pour des cours  enfants en Xing Yi Quan tandis que je continuais ma quête martiale par divers pratiques chinoises et japonaises. Déjà enfant je rêvais de devenir un Maître dans son dojo. Une vocation pour l’enseignement et le partage d’une  passion qui va vite me rendre dingue, de rêve en désillusion…

 

Septembre 2008.

Je rentre dans une école d’Aïkido dite « privée », non affilié à une quelconque fédération liée au ministère des sports. Finalement continuité logique puisque ma 1er école d’arts martiaux était elle aussi en marge du système fédéral. En 2003 l’Aïkido justement dit « officiel » m’avait grandement déçu. Très loin de ce dans quoi j’avais baigné auparavant. Je tente plusieurs expériences et c’est ainsi que je me suis réorienté vers du « traditionnel ». Très rapidement est venu la nécessité de trouver des salles pour ouvrir des cours d’Aïkido afin de regrouper des pratiquants d’un même courant. L’école était en effet dans une pleine recherche d’expansionnisme commerciale. On est loin des Ryu (école traditionnelle). Quoi qu’il en soit, à partir de 2008 me voilà à faire la manche auprès d’élus locaux pour quelques mètres de tatamis, sans succès. Je quitte finalement cette école peut être pas de la bonne façon, en critiquant ouvertement son système par le biais de forum. Je regrette cette attitude que j’ai encore du mal à effacer…  mais qui dit traditionnel ne veut pas dire Grand Bordel! Les rebelles sont illustres quand ils défendent des valeurs nobles mais finissent toujours par tomber quand ils reproduisent ce contre quoi ils se sont battus. Un  système qui utilise de vieux rouages sans avoir de pièces neuves et vouer à se détruire.

 

En parallèle j’avais donc intégré l’école IRAP de Maître Wang Xi’an pour le Chen Taiji Quan. Rapidement et dès le départ j’avais informé mes aînés sur mon objectif de créer mes propres cours. Les arts internes chinois étant alors le centre de ma pratique martiale, je souhaitais enfin booster ma pratique en devenant à mon tour enseignant. Il se trouve que pour une fois je me suis orienté volontairement dans un parcours dit « officiel » : licence fédérale à la FFWushu ( aemc ), projet de formation d’enseignant sous tutorat avec Fred Mainier pour passer les ATT (Attestations techniques fédérales) permettant d’obtenir le CQP ( contrat de qualification professionnel), allégeant des modules pour le DJEPS (Diplôme d'Etat de la Jeunesse, de l'Education Populaire et du Sport.) mention AMCI ( arts martiaux chinois internes).

Finie l’anarchie, je me suis résolu à faire les choses dans l’ordre : formation, certificat, enseignement.

Alors voilà que je me suis dit : «  soyons une pièce neuve dans un système qui bouge déjà! Acceptons de comprendre ce système et de voir par soi-même aussi bien le bon que le mauvais ! »

 

Je suis le premier à crier qu’une fédération c’est pas du tout bon quand on constate certains faits. Principalement à cause de l’existence d’un BUREAU dont les membres ne sont pas des pratiquants, d’une normalisation des pratiquants-enseignants dans leurs recherches jusqu’à l’ingérence, d’une transformation de l’essence de l’art passant par le filtre de la pensée occidentale bien encrassée,  afin de rendre le partage adapté à l’enseignement de masse. Mais derrière, ou plutôt au dessus de  ces problèmes inhérents à toutes organisations, je me suis demandé quelle devraient être les raisons qui me pousse à rentrer dans un tel système ? Après un certain recul il me semble que l’idéal pour les arts martiaux serait un retour au dojo autonome bien-sûr, mais pas sans un contrôle d’une organisation à but non lucratif pour les quelques raisons que je décris ci-dessous :

 

 

 

Ecole « libre»: par exemple, les associations s’affiliant à Sport pour tous magazine vendant 2 semaines de Qi gong et tu es un Qi Gong master pro etc.

 

Structure : 1 enseignant et des élèves. Si groupement d’enseignants il y a, c’est de façon anarchique ou pire par le fonctionnement pyramidal.

 

« Tu choppes un créneau horaire dans une salle je te donne ta ceinture noire pour enseigner mon gars ! Bon ton diplôme tu le recevras sur un post-it parce qu’on s’en fou des diplômes mon gars ! Et puis si jamais un jour ya une histoire, tu ne m’a jamais connu et il y aura aucune trace,  hein mon gars ! »

«  Change ton nom de discipline ! Fait leur croire que tu fais du tricot asiatique mon gars ! Tu auras plein d’inscriptions ! Des bidons, mais on s’en fou on récupère 10% de bons élèves qui feront ce que tu leurs dit de faire et les autres ils nous remplissent les caisses, voilà mon gars ! » «  Au passage, pense à acheter ma complet collection of grand master, tu sais les rouleaux à pub  dont on a parlé 1 h durant le stage de 3h. »

«  Chez nous, c’est la certitude d’une formation adapté et complète pour devenir un professionnel. Soyez Thérapeute confirmé en 2h ! Avec notre programme Speed Web, le web c’est vous ! » 

«  Écoute, chez moi pas de passage de grade. Il n’y en avait pas à l’époque. Si je te vois plusieurs fois lors de mon stage en Suisse et que tu loues une fille de joie  pour me savonner les valseuses, alors je te dirais où tu en es. »

«  Tu veux apprendre à te déplacer et à chuter ! Pas chez moi mon gars. Avant O’Sensei n’apprenait pas à chuter ni à se déplacer ! Démerde-toi gamin ! Quoi maintenant tu as le coude cassé et le genou qui pique? Bein pas grave. Reviens quand tu seras adulte. Tu sais écrire des articles ? Tu sera mon rédacteur de propagande»

«  Auto- hypnose ! C’est ça ce que tu pratiques avec ton truc de méditation là. Reste chez moi car nous on reste entre nous, il n’y a pas de mélange. Tu ne risque pas de te tromper dans divers système puisqu’on est le système ! Je t’hypnotise  mais sans que tu t’en rendes compte, simple bourrage de crâne. Cool non ? Tu n’as plus besoin de cherche l’éveil. C’est moi qui t’endors ! »

 

 

 

Ecole dans un groupe organisé : Important je parle d’un système comme j’aimerai là. Il est clair qu’il y a du boulot pour que ce système fonctionne correctement. Dans la psychologie des groupes  d’A.trognon et A.Blanchet, il est dit qu’un groupe est définit dans son 1er stade d’évolution par « la mise en commun du but ». « L’intérêt est suffisamment important pour qu’il soit intériorisé par chacun de ses membres. L’intérêt en commun devient alors l’intérêt commun ! »

Dans le 4ème stade : « les membres prennent des rôles et statuts différents et établissent des normes. L’organisation instituée et susceptible d’être réorganisée en fonction de la pratique du groupe. »

 

Structure : Plusieurs enseignants sous l’autorité d’un instructeur en chef. Si médiation avec l’Etat = respect des lois du pays.

 

« Tu prouves que tu es capable d’enseigner dans des règles d’hygiène et de sécurité, de  ne pas porter atteinte à la vie de tes concitoyens, de respecter les lois de ton pays, de ne pas utiliser les autres pour ton profits, et tu as un certificats d’enseignement de pratique de loisir »

«  Tu es capable d’apporter une vrai progression à l’élève tout en continuant toi de prouver ta progression face à tes pères et tu auras un certificat d’instructeur dans la discipline choisie, validé par l’organisation choisie»

« Tu n’auras pas d’enfant et de personne âgée sous ta direction si tu n’es pas formé en anatomie-physiologie, si tu n’es pas sauveteur secouriste»

«  Tu seras régulièrement testé par tes pères sur ton niveau de pratiquant et d’enseignant. Tu remettras en question tes acquis. Rien n’est absolu ! »

«  Le partage signifie que tu dois aussi t’ouvrir aux autres courants, aux autres styles. Nous ne somme qu’une pierre de l’édifice »

 

Bon on l’aura compris je ma lâche un peu dans des visions personnelles de deux différents systèmes que j’ai connu. C’est pour en sortir les grandes lignes de ce qui est bon et ce qui est mauvais. Je pourrais compléter en inversant ma prise de position et cela serait fort intéressant aussi. Mais mon constat actuel est celui-ci.

 

Juin 2013.

Je décide de passer pour la 2nd fois depuis 1995 un passage de grade. Direction la commission des grades à Strasbourg pour passer devant le Jury de la FFwushu, fédération liée au ministère des sports.  J’y crois à cette officialisation de mon parcours. A la traçabilité des mes expériences et de mes compétences. Je souhaite prouver (égo ou besoin de dire stop ? J’y travail) que je suis un professionnel de part mon état d’esprit et la qualité de ma pratique. Le Jury est composé de pratiquants vétérans, des passionnées. Aucun n’est de mon école bien sûr.

 

On dira que c’est ça le grand n’importe quoi d’une fédération et de ses grades ? Nous sommes examinés par des inconnues pratiquantes autres choses que le style de notre école. Mais bordel ! Un artiste martial ne sait pas évaluer un autre pratiquant ? Depuis quand ?

« Pas de Chen style dans le jury mais Xing yi ! » Oui et alors ? N’avons nous pas justement les mêmes principes ? Je pratique aussi le Xin yi, le Yi quan. Seuls les gestes changent. Si je dois être évalué sur une gestuelle je vais faire alors de la Zumba, c’est plus simple non ?

 

Verrouillage de la commission des grades ? Oui,je suis contraint de passer un grade de 1 er Duan ( 1er dan) AMCI (Arts martiaux chinois Internes) alors que nous travaillons depuis  longtemps, au sein de notre école l’IRAP, sur le contenu du 3eme Duan et plus.  C’est là que nous trouvons un point négatif au système fédéral mais il est jeune celui-ci. La commission des grades date de 2010. Il y aura surement du changement. Un nouveau système avec des vieux rouages ? Oui, mais une ouverture pour la nouvelle génération d’enseignants qui seront peut-être la clé du verrou, faisant sauter les vieux mécanismes pour améliorer l’ensemble. En poussant la porte de la salle des machines, on est capables de voir  la panne du navire. Il ne doit pas être torpillé ce navire ! Il faut l’aménager et lui donner une vitesse de croisière où chacun des matelots aura sa place. Loin des eaux troubles.

 

 

Bref, je reviens donc à mon petit témoignage.

 

Septembre 2013

Deux mois que je suis enthousiaste suite à l’invitation d’une association d’arts martiaux à ouvrir une section de Taiji Quan. Enfin après des vingtaines de lettres et rdv auprès d’élus locaux, une association me demande de concrétiser mon rêve. Des années à être blasé de ces refus me disant toujours la même chose : «  nous ne pouvons accepter votre demande car nous avons déjà du Taichi dans la commune. Notre salle est réservée. C’est plein…trop d’association chez nous. Vous n’êtes pas un professionnel. Pas de diplôme.etc. »

 

Je n’oublie pas la gentillesse et le respect de cette association de Richwiller, Le JC MIFUNE. Et plus particulièrement Michel Rau, enseignant de Iai Do.

 

Finalement le coup fatal : L’adjoint au maire me confirme par téléphone la décision de M. Le Maire : «  nous avons un cours de Taïchi dans la commune, ça nous suffit »

 

 

Octobre 2013

Alors voilà que même en prouvant mon sens des responsabilités  en acceptant de me former au sein d’une organisation reconnue par le Ministère des Sports,  ont me refuse l’accès à une salle ? Que je passe dans le moulin de la commission des grades pour qu’on préfère donner l’enseignement du Taïchi auprès de mes concitoyens, à des illuminés bouffeurs d’encens qui n’ont de martial que la tronche qu’ils ont quand ils doivent descendre de leur monde de Bisounours ? Je donne mes économies pour me former alors que d’autres se font des économies en enseignant des conneries aux crédules, aux faibles, aux invalides ?

 

Messieurs les élus ! Il y a beaucoup plus de  personnes motivées que de personnes qualifiées et leurs motivations ne sont pas toujours très saines. Entre ceux qui montent un système pyramidale en se faisant passer pour des écoles d’arts martiaux, et ceux qui vont détruire la santé des élèves en leur enseignant de façon erronée les bases même de leur discipline, vos choix pour les activités de vos communes ne doivent pas êtres pris à la légère.

 

 

Finalement

Marginalisation des associations. C’est bien ce que le gouvernement français souhaite éviter par le contrôle qu’elle exerce grâce à l’outil fédéral. On évite le pire ainsi : des pseudo-profs qui enseignent du catch à des gamins de 6 ans, du gourou qui se fait une fortune en faisant croire au miracle d’une prière indou etc.

 

Aujourd’hui de nombreux élèves se demandent l’utilité d’une fédération. L’histoire se répète et on a pu le voir dernièrement avec la FFAB. Les enseignants se demandent pourquoi rester dans un système qui ne les valorise pas ; qui ralentit leurs progressions et enlise la discipline. Fédéré doit être synonyme de rassemblement et non pas de morcellement déguisé. Pour que ce système fonctionne il faut une chaine d’activation concrète et ça commence par l’ouverture des portes aux jeunes générations mais les élus locaux ne jouent pas le jeu. Le navire va couler.

 

Alors voilà, aujourd’hui je continue mon bout de chemin de pratiquant d’arts martiaux. Je vais m’investir dans cette fédération que je crois être ouverte, valable et valorisante. Il y a du mouvement, de l’échange, du partage. N’est ce pas le but ?  Prochain passage de grade en 2015, j’y serai le sourire aux lèvres.

 

Pour ceux qui est d’ouvrir un jour mes propres cours d’arts martiaux ? Un proverbe chinois dit : «  avec le temps l’herbe devient du lait».

 

 

 

Rédigé par Frédéric Vernet (Daiki Yoshiteru)

Publié dans #Arts Martiaux

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Commenter cet article

Rodolphe 29/10/2013 10:55


Salut Fred ! Je suis de tout coeur avec toi. C'est une rude bataille que de trouver sa place. L'idée d'intégrer un club d'arts martiaux afin d'y créer une section de TJQ était pourtant bonne
(elle a fonctionné pour moi, malgré la présence d'autres clubs de TJQ sur la commune). Après, on peut se demander quelle doit être la finalité de son enseignement : enseigner dans une belle salle
à un groupe de 20 élèves OU enseigner dans un parc, en marge des fédés, à un petit groupe de passionnés. Pas facile de répondre, mais on doit se poser la question...

Frédéric Vernet 29/10/2013 11:04



Salut Rodolph !


Je suis bien entendu ouvert à toute proposition concernant le partage d'un enseignement. Pourtant le fait est qu'à ce jour un élève désirant s'entraîner en extérieur sans les avantages d'une
structure, c'est rare ici. Pluie, froid, pas de cours régulier; des conditions futiles pour le passionné mais pas pour le pratiquant de loisir.


 


je pense aussi que si je vivais dans une grande ville ce serait différent mais je ne désespère pas. 


À suivre ;)


Merci pour ton soutient !